Agrivoltaïsme : un scandale vert ? Un syndicat se pose la question.

Philippe DONNART


À partir du 1er juillet, les responsables politiques locaux sont encouragés à soumettre leurs propres propositions pour les « zones d’accélération des énergies renouvelables » conformément à la loi APER. Cette législation vise à promouvoir le développement de l’agrivoltaïsme, un système qui produit de l’énergie solaire sur les terres agricoles, tout en étant critiqué par le syndicat.

Le développement du photovoltaïque en Lot-et-Garonne

Le photovoltaïque connait une expansion significative en Lot-et-Garonne. Depuis le début de l’année 2023, la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) de Nouvelle-Aquitaine a émis treize avis concernant des projets de centrales photovoltaïques d’au moins 5 ha dans le département. Parmi ces projets, six sont de type agrivoltaïque, c’est-à-dire qu’ils combinent l’activité agricole avec la production d’électricité solaire.

L’un des principaux acteurs dans ce domaine est Reden, spécialiste de ce type de projets, en collaboration avec la chambre d’agriculture. Entre novembre 2022 et mars 2023, ils ont mené des études sur la coexistence de l’élevage bovin et de la production d’électricité au sein d’une centrale agrivoltaïque en activité. Cette expérience a été réalisée sur une parcelle de 15,5 ha à Moncrabeau, où dix vaches suitées et un taureau ont été accueillis. Les résultats de l’étude sont positifs, avec notamment une amélioration du bien-être animal et un potentiel agronomique de la parcelle préservé et exploité.

Un courrier envoyé aux maires

Le président de la chambre d’agriculture, Serge Bousquet-Cassagne, souligne que le photovoltaïque associé à l’élevage bovin reste de l’agriculture. Selon lui, l’expérience a démontré qu’il était possible d’avoir le même chargement à l’hectare qu’une exploitation agricole traditionnelle sans panneaux solaires. Les animaux se portent bien et disposent suffisamment d’herbe pour pâturer grâce à l’espace disponible.

Cependant, la Confédération paysanne, un syndicat agricole, exprime des inquiétudes face à la multiplication de ces projets. Depuis le 1er juillet, et jusqu’au 31 décembre, les élus locaux sont invités à proposer des zones d’accélération des énergies renouvelables (ZAENR) conformément à la loi APER, promulguée le 10 mars 2023. Cette nouvelle loi favorise le déploiement de l’agrivoltaïsme.

Dans ce contexte, la Confédération paysanne a adressé une lettre aux maires du département, datée du 27 septembre, leur demandant de privilégier les surfaces déjà artificialisées pour ces projets. La trésorière de la Confédération, Monique Valentin, estime contradictoire de développer des énergies sur des terrains agricoles alors que la souveraineté alimentaire est un enjeu majeur.

Le point de vue des acteurs locaux

Raymond Girardi, maire d’Argenton et président de la Communauté de communes des Coteaux et Landes de Gascogne, estime que le développement des énergies renouvelables est essentiel. Il considère que sa collectivité est déjà en avance sur la loi et n’est donc pas directement concernée par l’obligation de proposer des ZAENR. Il précise que la Communauté de communes a signé une charte avec la chambre d’agriculture et les opérateurs, mettant en avant les zones déjà artificialisées ou celles de faible valeur agronomique pour l’implantation des panneaux solaires.

Selon la Confédération paysanne, développer des énergies renouvelables sur des terres agricoles est une illusion.

La Confédération paysanne, de son côté, préconise une approche basée sur la sobriété et la transition énergétique. Elle estime que le développement du photovoltaïque dans le cadre agricole ne fait que tromper les agriculteurs en leur faisant croire à une amélioration de leurs revenus, sans réellement augmenter leur revenu agricole. Selon le syndicat, il serait préférable de planter des arbres et des haies pour faire face au réchauffement climatique plutôt que d’installer des panneaux solaires sur des terres agricoles dégradées.

La question du développement du photovoltaïque en Lot-et-Garonne fait donc débat entre les partisans d’une agriculture solaire et ceux qui privilégient la préservation des terres agricoles.