Cyberattaques : la Chine accusée par plusieurs pays

Philippe DONNART

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Les autorités de trois pays ont identifié les groupes de pirates informatiques APT31 et APT40 comme étant les responsables des cyberattaques ciblant leurs institutions. La Chine a réagi en dénonçant ces accusations comme étant de la diffamation malveillante.

Accusations de cyberattaques contre la Chine : une coalition inédite s’exprime

Un front commun rarement vu contre Pékin. Les gouvernements des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande ont formellement accusé la Chine d’être derrière plusieurs cyberattaques d’ampleur contre leurs institutions politiques, dans une série de déclarations lundi 25 et mardi 26 mars.

Le ministère de la Justice américain a annoncé avoir inculpé sept Chinois pour une « prolifique opération de piratage informatique à l’échelle mondiale » pendant quatorze ans, pour contribuer aux « objectifs d’espionnage économique et de renseignement extérieur » de Pékin. Cette opération a nécessité l’envoi de plus de 10 000 courriels visant des entreprises, des hommes politiques, des candidats aux élections et des journalistes basés aux Etats-Unis et à l’étranger, a précisé le ministère dans un communiqué.

Selon Washington, un groupe de pirates baptisé APT31 est à l’origine de ce « programme de cyberespionnage », qui aurait été géré par le puissant ministère chinois de la Sécurité de l’Etat depuis la ville de Wuhan. Les pirates ont eu accès à « des comptes de messagerie, des comptes de stockage dans le cloud et des enregistrements d’appels téléphoniques », a déclaré le ministère de la Justice américain.

Désigner la Chine, un « pas important »

Peu après, le vice-Premier ministre britannique, Oliver Dowden, a déclaré devant le Parlement à Londres que « des acteurs affiliés à l’Etat chinois » avaient commis « deux cyberactions malveillantes » en 2020 et 2021, contre des parlementaires critiques de Pékin et contre la Commission électorale du Royaume-Uni. Ces « tentatives d’ingérence dans la démocratie du Royaume-Uni n’ont pas abouti » et n’auront pas d’incidence sur les prochaines élections, mais l’ambassadeur chinois sera convoqué et deux membres de l’organisation APT31 feront l’objet de sanctions, précise Oliver Dowden.

De son côté, la Nouvelle-Zélande a accusé un groupe lié à Pékin d’avoir piraté en 2021 le système informatique du bureau du Parlement chargé de l’élaboration et la publication des lois. L’agence néo-zélandaise de cybersécurité a établi un lien entre un groupe connu sous le nom d’APT40, « soutenu par l’Etat » chinois, et une cyberattaque contre des services du Parlement, a déclaré la ministre de la Défense mardi. L’attaque a été repoussée et le groupe mis hors d’état de nuire, a-t-elle assuré.

Le Premier ministre néo-zélandais, Christopher Luxon, a reconnu devant la presse que l’attribution de la cyberattaque à la Chine était un « pas important », susceptible de jeter un froid sur les bonnes relations avec le principal partenaire commercial du pays. Wellington a fait part de ses protestations à l’ambassadeur chinois dans le pays, a précisé le chef de la diplomatie néo-zélandaise, Winston Peters.

Pékin « a protesté fermement auprès des Etats-Unis et des parties concernées et prendra toutes les mesures nécessaires pour préserver ses droits et intérêts légitimes », a déclaré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. En réaction, l’ambassade de Chine en Grande-Bretagne a dénoncé des accusations « totalement infondées » et « des calomnies malveillantes ». L’ambassade de Chine à Wellington a pour sa part rejeté « catégoriquement ces accusations sans fondement et irresponsables », faisant part de son « vif mécontentement ».