Sûreté nucléaire : risque inutile selon l’UFC-Que choisir !

Philippe DONNART


Dans le but de réorganiser l’industrie nucléaire, une proposition législative est sur la table pour fusionner deux institutions clés : l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). L’IRSN, responsable de la fourniture d’avis, serait ainsi intégré à l’ASN qui, en se basant sur ces avis, prend des décisions importantes concernant l’avenir des centrales nucléaires. Cette initiative vise à rationaliser le processus de prise de décision en matière de sécurité nucléaire et à renforcer la structure globale du secteur.

L’association UFC-Que choisir s’oppose au projet gouvernemental de réorganisation de la sûreté nucléaire

L’UFC-Que choisir a exprimé son opposition au projet gouvernemental de réorganisation de la sûreté nucléaire, qualifiant cette initiative de « prise de risque inutile » et demandant l’abandon du projet. Ce projet de loi prévoit de fusionner l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Dans un communiqué, l’association affirme que le gouvernement prévoit de discuter à nouveau de cette fusion, malgré le fait que le parlement ait écarté ce principe dans le projet de loi d’accélération du nucléaire en avril dernier. Depuis février, les salariés de l’IRSN, soutenus par des élus et des experts du nucléaire, s’opposent vivement à ce projet de fusion, craignant une perte d’indépendance.

Régime « équilibré »

L’UFC-Que choisir reprend les critiques des salariés de l’IRSN, affirmant que le système dual actuel a fait ses preuves et que l’intégration de l’IRSN à l’ASN entraînerait une pression sur les résultats produits. Le gouvernement justifie ce projet par la volonté de fluidifier les décisions, compte tenu de la relance du nucléaire. Cependant, l’UFC-Que choisir estime que cette réorganisation mettrait à mal les deux structures et entraînerait une régression à court terme.

En outre, l’association demande un renforcement des effectifs pour faire face à ces évolutions. Elle souligne que les effectifs français sont bien inférieurs à ceux d’autres pays, comme le Canada. Selon un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, la France compte 550 personnes pour 56 réacteurs nucléaires, tandis que le Canada compte 670 personnes pour seulement 19 réacteurs.

En conclusion, l’UFC-Que choisir demande aux autorités publiques d’abandonner ce projet, considérant qu’il constitue une prise de risque inutile et mettrait à mal un régime institutionnel équilibré dans la filière nucléaire.

Des risques pour la sûreté nucléaire

La réorganisation de la sûreté nucléaire suscite de vives inquiétudes quant à la sécurité des centrales nucléaires françaises. L’UFC-Que choisir met en avant les risques potentiels liés à cette réforme et appelle à une attention particulière.

En regroupant l’IRSN et l’ASN, le gouvernement espère simplifier le processus de décision dans le domaine de la sûreté nucléaire. Cependant, cela pourrait également entraîner une pression accrue sur l’IRSN, qui est chargé de fournir des avis techniques indépendants sur la sûreté des installations nucléaires.

L’IRSN, en tant qu’institut de recherche, est actuellement en mesure de mener des enquêtes de manière autonome et impartiale pour évaluer les risques potentiels. En fusionnant avec l’ASN, qui est chargée de prendre des décisions sur la sûreté nucléaire, il existe un risque de conflit d’intérêts et de pression politique sur les décisions prises.

Dans de nombreux pays, la séparation entre l’organisme de recherche et l’organisme de réglementation est considérée comme essentielle pour garantir une prise de décision indépendante et objective. La fusion de l’IRSN avec l’ASN pourrait remettre en question cette indépendance et compromettre la sûreté nucléaire en France.

De plus, l’UFC-Que choisir souligne le manque d’effectifs dans le domaine de la sûreté nucléaire en France. Alors que le pays compte 56 réacteurs nucléaires, il n’y a que 550 personnes chargées d’évaluer et de garantir la sûreté de ces installations. En comparaison, l’autorité de sûreté nucléaire canadienne compte 670 personnes pour seulement 19 réacteurs.

Ce manque d’effectifs représente un risque supplémentaire pour la sûreté nucléaire en France. Il est essentiel d’avoir suffisamment de personnel qualifié pour mener des enquêtes approfondies et assurer un suivi constant de la sûreté des centrales nucléaires.

En résumé, la réorganisation de la sûreté nucléaire telle que proposée par le gouvernement français soulève de sérieuses préoccupations concernant la sécurité des installations nucléaires. Il est essentiel de garantir une prise de décision indépendante et objective dans ce domaine crucial et de s’assurer que les effectifs sont suffisants pour assurer la sûreté des centrales nucléaires.