TÉMOIGNAGES : Le cinéma français face à l’IA, une incertitude troublante !

Philippe DONNART

Updated on:


Afin de répondre aux préoccupations croissantes liées à l’intelligence artificielle, le gouvernement a pris la décision de mettre en place un comité stratégique dédié à ce domaine. Cette avancée majeure suscite des inquiétudes dans différents secteurs, y compris dans l’industrie cinématographique.

L’IA dans le cinéma : une menace pour la création artistique ?

L’intelligence artificielle (IA) suscite de nombreuses interrogations dans l’industrie cinématographique. Alors que les capacités techniques de l’IA ne cessent de s’améliorer, certains craignent qu’elle ne remplace totalement les humains dans le processus créatif. Mais qu’en est-il du cinéma français ? Pour le moment, le monde du cinéma est dans le flou, considérant l’IA comme une sorte de virus inconnu ou de menace diffuse. Cependant, il est largement accepté que la présence humaine reste essentielle pour corriger les erreurs de l’IA et lui apporter une touche d’inspiration.

Le réalisateur Cédric Klapisch est catégorique : l’IA peut copier, mais pas inventer. Selon lui, ce que les algorithmes peuvent créer ne correspond pas à ce que l’on appelle la « création ». Le cinéma d’auteur, avec sa poésie et sa subjectivité, ne peut pas être reproduit par une machine. Klapisch déclare : « Vous ne pouvez pas inventer un film d’Almodovar, vous ne pouvez pas inventer un film de Godard. Un algorithme ne peut pas le faire ». Pour lui, la véritable essence de la création réside dans le regard subjectif du réalisateur.

Bien que des fausses bandes-annonces créées par une IA aient été diffusées en ligne ces derniers mois, aucun moyen ou long métrage basé sur ce concept n’a encore vu le jour. Les scénaristes sont particulièrement inquiets face aux risques représentés par l’IA. Aux États-Unis, leur inquiétude a donné lieu à une grève majeure. En France, leurs homologues partagent les mêmes préoccupations. Fadette Drouard, scénariste, a même testé le célèbre logiciel ChatGPT en lui demandant de lui écrire un scénario. Le résultat a été décevant : les personnages étaient incohérents et les situations trop clichées. Selon Drouard, l’IA ne fait que rassembler des éléments déjà existants, incapable de véritablement créer.

IA-cinema,

Cependant, certaines professions voient en l’IA un outil révolutionnaire. C’est notamment le cas dans les domaines techniques, comme chez Mac Guff, un studio d’effets visuels basé à Paris. Rodolphe Chabrier, président de Mac Guff, compare les possibilités offertes par l’IA à l’arrivée du numérique dans les années 1990. Selon lui, l’IA ne remplace pas les humains, mais les rend plus intelligents en facilitant des tâches complexes qui prendraient normalement des semaines, voire des années, à accomplir.

Bien que l’IA n’ait pas encore remplacé de « vrais » acteurs par des avatars virtuels, cela pourrait bientôt être une réalité. Rodolphe Chabrier souligne la nécessité d’une protection législative, notamment en ce qui concerne les droits d’auteur. Il est essentiel que personne ne puisse utiliser un texte ou un visage sans autorisation préalable. Fadette Drouard partage également cette préoccupation et appelle à agir avant qu’il ne soit trop tard.

Dans l’accord récemment signé à Hollywood, il est précisé que personne ne peut être contraint de travailler sur un film écrit ou conçu par une IA, mais que les scénaristes peuvent s’aider de l’IA avec l’accord du studio. Cela laisse donc la porte ouverte à l’utilisation de l’IA dans le processus créatif.

Alors que le débat sur l’IA et son impact sur le cinéma fait rage, il est clair que cette technologie est là pour rester et qu’elle aura un impact significatif sur l’industrie. La question demeure de savoir si l’IA sera un simple outil d’aide à la création ou si elle finira par supplanter totalement les humains dans leur capacité à créer de véritables œuvres d’art. Seul le temps nous le dira.