Chasse mortelle : la responsabilité du tireur devant la justice

Philippe DONNART


Au tribunal correctionnel de Périgueux, il y a eu un procès concernant deux individus accusés d’homicide involontaire suite à un tragique accident survenu lors d’une partie de chasse à Rudeau-Ladosse en 2022.

Accident de chasse en Dordogne : un homme gravement blessé

C’était, au départ, une simple partie de chasse entre une dizaine d’amis, à Rudeau-Ladosse (Dordogne). L’événement a viré au drame, le 26 novembre 2022. Ce jour-là, Denis Pasquet a reçu une balle dans la hanche. Ce chasseur de 64 ans a fini par succomber à ses blessures le 27 janvier.

Y a-t-il des coupables ? Deux personnes étaient convoquées, mercredi 11 octobre, devant le tribunal correctionnel de Périgueux pour homicide involontaire lors d’une action de chasse, délit passible de cinq ans de prison. Le premier, Gaël, l’auteur du tir, est un habitant de Souffrignac (16) âgé de 35 ans. Le second, Yves, 71 ans, était le directeur de la battue et le président de la société de chasse locale.

Débats techniques

« Je regrette infiniment ce qui s’est passé », a commencé Gaël, en pleurs à la barre. « Pas une journée ne passe sans que j’y repense avec la boule au ventre. Je présente mes condoléances les plus sincères à la famille. »

« Pas une journée ne passe sans que j’y repense, avec la boule au ventre »

Mais au-delà de l’émotion, les débats se sont montrés très techniques, se focalisant sur les règles de sécurité lors de la battue. Gaël occupait le poste de traqueur, chargé de poursuivre le gibier. En France, cette fonction n’est pas réglementée partout de la même manière.

En Dordogne, le tir du traqueur n’est pas conseillé, mais pas interdit non plus. Dès lors, toute la question est de savoir si le traqueur a commis une faute en tirant depuis sa position vers le sanglier. « On ne me l’a pas interdit », assure le tireur. Les auditions de témoins ont montré que ce genre de tir, en Dordogne, n’est qu’exceptionnel. Le directeur de la battue affirme qu’il avait donné la consigne de ne pas procéder à cette pratique. « Je m’en rappelle pas », insiste Gaël.

Qui dit vrai ?

Il reste « persuadé » d’avoir appliqué la règle d’or des chasseurs : réaliser un tir fichant, c’est-à-dire orienté vers le sol, par sécurité, et non vers l’horizon. La présidente du tribunal rappelle que le chasseur avait pourtant fait cette déclaration lors de son audition : « Les règles, nous les connaissons par cœur mais nous ne les respectons pas. » Le trentenaire revient sur ses propos à la barre : « Je suis plutôt rigoureux dans les règles. »

Existe aussi l’hypothèse, avancée par la défense, d’un rebond de la balle. Mais aucun ricochet n’a été trouvé.

L‘audience a aussi été marquée par les questions au directeur de battue. Interrogé sur les manquements aux règles de sécurité dont il est accusé, le septuagénaire répond : « Tous les chasseurs avaient déjà chassé chez nous et connaissaient les postes […] On n’a pas à dire ce qu’ils doivent faire. » Cette dernière phrase a semblé sonner comme un aveu sur des défauts dans l’encadrement de la battue. « J’ai dit aux traqueurs de ne pas tirer pendant la traque, s’est-il alors repris. J’ai bien donné les consignes ! »

Ouverture de la chasse 2023 : la sécurité en ligne de mire

Sur le plan national, les accidents de chasse sont en nette baisse. En Gironde, aucun n’a été déploré la saison dernière. Et les formations à la sécurité continuent de se développer.

La sécurité est un enjeu majeur pour l’ouverture de la chasse en 2023. Alors que les accidents de chasse sont en baisse au niveau national, il est essentiel de garantir la sécurité des pratiquants et de prévenir tout drame comme celui survenu à Rudeau-Ladosse en novembre dernier.

Les formations à la sécurité sont de plus en plus nombreuses et permettent aux chasseurs d’acquérir les connaissances nécessaires pour minimiser les risques lors des parties de chasse. En Gironde, par exemple, aucune accident n’a été déploré la saison passée, ce qui démontre l’efficacité des mesures prises.

Cependant, il est important de rester vigilants et de continuer à sensibiliser les chasseurs aux règles de sécurité, notamment en ce qui concerne le tir fichant et la bonne pratique de la chasse en groupe. La responsabilité individuelle de chaque chasseur est également primordiale afin d’éviter tout accident regrettable.

L’ouverture de la chasse en 2023 sera donc placée sous le signe de la sécurité, avec des contrôles renforcés et des formations accessibles à tous les chasseurs. L’objectif est de préserver la passion de la chasse tout en garantissant la sécurité de tous les acteurs de cette activité.