Hébergements d’urgence : l’Etat ne tient pas sa promesse

Philippe DONNART


En octobre 2022, Olivier Klein, qui était autrefois ministre du logement, affirmait que tous les enfants devraient avoir un toit cet hiver. Cependant, moins d’un an plus tard, de nombreuses personnes, dont des adultes et des enfants, principalement étrangers, ont été expulsées de leurs logements d’urgence à travers la France. Cette situation amène à se demander si l’Etat a modifié sa politique et son discours. Nous aurons des révélations à ce sujet ce soir dans l’émission de télévision L’Oeil du 20 heures.

Expulsions massives de familles en France : une situation préoccupante pour les associations

« C’était ces deux fenêtres là, au premier étage », montre une adolescente. Pendant près de 4 ans, Mariam et sa famille, originaires de Géorgie, ont été hébergés dans une chambre d’auberge à Amiens. Cependant, le 19 juillet dernier, cette famille qui demande l’asile politique en France a été expulsée du logement d’urgence qui leur avait été attribué. Depuis, la famille vit à la rue et Mariam a commencé sa sixième année scolaire avec des inquiétudes pour son avenir. « Je dors mal et je dois me réveiller tôt pour aller au collège. J’ai peur de rester à la rue pendant des années », raconte-t-elle.
À Amiens, ces derniers mois, près de 40 familles, souvent des mères seules avec de très jeunes enfants, ont été expulsées par l’État. Les associations qui leur viennent en aide sont préoccupées, d’autant plus que cette situation n’est pas unique à cette région.

Entre 2000 et 3000 expulsions cet été, selon les associations

Dans les Alpes-Maritimes, 488 expulsions ont été enregistrées cet été et en Haute-Garonne, le chiffre s’élève à 344. Selon la Fondation Abbé Pierre, l’État aurait ainsi remis à la rue entre 2000 et 3000 personnes ces derniers mois. Mais comment expliquer cette vague d’expulsions ?

Sous couvert d’anonymat, un responsable d’une structure gérant les hébergements d’urgence, un Service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO), évoque un problème financier. « À la demande du ministre, on a dû héberger toutes les familles avec enfants dans mon département. En conséquence, nous avons dépensé environ un an de budget en seulement six mois », explique-t-il. Face à ce manque de fonds, les services de l’État ont dû réagir en urgence, comme en témoignent des courriers de préfets que nous avons pu consulter. Certains préfets demandent une baisse de 15% du nombre de places en hébergement d’urgence. D’autres conseillent de ne plus accueillir les personnes seules ou les couples sans enfant. Certains représentants de l’État établissent même des critères de priorité pour l’accès à ces logements. Une femme enceinte de 7 mois est ainsi considérée prioritaire, suivie d’une famille avec un enfant de moins d’un an, puis d’une famille avec un enfant de moins de 3 ans. Cette situation fait réagir Manuel Domergue, de la Fondation Abbé Pierre : « On a l’impression que toutes les digues morales ont sauté. Mettre des critères selon l’âge de l’enfant ou le nombre de mois de grossesse des femmes enceintes, c’est inacceptable. »

« On ne peut pas continuer à augmenter le nombre de places en hébergement d’urgence. »

Patrice Vergriete, ministre délégué chargé du logement

L’État a-t-il abandonné sa promesse de sortir les familles et les enfants de la rue ? Cette question a été posée au ministre délégué chargé du logement, Patrice Vergriete. Celui-ci n’a pas nié le problème lié aux finances, affirmant que de nouvelles places en hébergement d’urgence pourraient être ouvertes, mais dans certaines limites. « Aujourd’hui, on reconnaît que le nombre de places est insuffisant, donc nous allons réajuster. Cependant, cela ne résout pas le problème de fond. Nous devons faire face à un afflux de personnes nécessitant un hébergement d’urgence, et nous ne pouvons pas continuer à augmenter le nombre de places », prévient-il. Le ministère du Logement souligne que le nombre de places en hébergement d’urgence est passé de 120 000 en 2017 à plus de 200 000 aujourd’hui.

Cette situation préoccupante alarme les associations de solidarité, qui se mobilisent pour aider ces familles vulnérables.