Hubert Reeves : sauveur de la planète, mort tragique

Philippe DONNART


Retour sur le parcours de Hubert Reeves.

Hubert Reeves, le savant naturaliste, découvre un nouveau chemin lorsque Théodore Monod, l’explorateur érudit des déserts, décède le 22 novembre 2000. Le Rassemblement des opposants à la chasse (ROC), association cofondée par Monod en 1976, se retrouve sans figure charismatique. Nelly Boutinot, l’une des dirigeantes de l’association, est envoyée voir Hubert Reeves dans l’espoir de le convaincre de représenter le mouvement. Reeves, vulgarisateur hors pair, accepte la charge malgré ses réserves sur le nom de l’association. Il n’aime pas le message négatif véhiculé par le terme « opposant à la chasse » et ne se considère pas comme un opposant systématique à la chasse en général. Ils décident donc de changer le nom de l’association pour l’élargir à des enjeux plus vastes, et le ROC devient Humanité et Biodiversité.

L’astrophysicien canadien naturalisé français a parcouru un long chemin d’émerveillement et d’interrogation dans sa vie. Âgé de 69 ans à l’époque, il suit de près, depuis le Canada et la France, la dégradation de la biosphère et s’en inquiète grandement.

À l’âge de 25 ans, Reeves vit à une époque où l’empire américain domine le monde et la pacifie. Le terme « écologie » n’existe pas encore et l’optimisme de l’après-guerre prévaut. On croit que l’énergie nucléaire gratuite permettra d’éradiquer la pauvreté. Personne ne mentionne alors le rôle du gaz carbonique dans l’effet de serre. Ce n’est que plus tard, à l’âge de 40 ans, que le réchauffement climatique commence à être évoqué sans qu’on en identifie clairement la cause. Au fil des années, Reeves commence à s’interroger de plus en plus lors de ses conférences. Les doutes s’accumulent et il comprend peu à peu que l’activité humaine est responsable du réchauffement. Les années 2000 marquent une étape décisive pour lui. Il ne suffit plus de parler, il faut agir.

En 2003, il écrit « Mal de terre » avec Frédéric Lenoir, un ouvrage détaillé et préoccupant sur les menaces qui pèsent sur notre planète. Pour Reeves, l’impact des activités humaines est plus grand que la menace nucléaire de la guerre froide. Le conteur paisible des étoiles change de registre et souligne que la détérioration planétaire peut se produire en quelques décennies seulement. L’énergie nucléaire, qu’il a autrefois soutenue, hypothèque l’avenir en laissant les déchets aux générations futures.

En 2001, Reeves, aux yeux brillants, attire déjà l’attention des politiciens de tous bords. De Tapie à Le Pen, tous cherchent à s’associer à sa renommée en vain. Il devient alors un militant à sa manière, sans carte de parti ni étiquette. Il préfère se battre pour quelque chose plutôt que contre quelque chose, et cite le vers de Hölderlin : « Là où croit le danger croît aussi ce qui sauve. » Son association, Humanité et Biodiversité, participe aux conférences environnementales initiées par François Hollande, tout comme elle avait participé au Grenelle de l’environnement sous Nicolas Sarkozy.

La stratégie de l’association vise à rappeler aux pouvoirs économiques et politiques les promesses non tenues. Les années passent, mais l’urgence environnementale reste la même. Les signaux d’alerte sont toujours au rouge en ce qui concerne le réchauffement climatique et le gaz carbonique.

Hubert Reeves, sans jamais abandonner sa mission de vulgarisateur, se rend dans les collèges et les lycées pour sensibiliser les jeunes. L’écologie n’est plus une échappatoire aux cours de mathématiques, mais une préoccupation sérieuse pour les générations futures. Il soutient le réseau Oasis Nature qui encourage les citoyens à préserver l’environnement depuis chez eux, dans leur jardin ou sur leur balcon. Il met également en garde contre le « greenwashing », ces multinationales pollueuses qui cherchent à se donner une image écologique. Quand on lui demande pourquoi il s’engage autant, il répond simplement qu’il a des enfants et des petits-enfants et qu’il s’inquiète pour leur avenir.

La maison du lac Saint-Louis à Montréal est le berceau des premiers émerveillements pour Hubert Reeves. Sa famille, malgré des ressources limitées, lui a transmis une éducation précieuse en l’initiant à la contemplation des étoiles et de la nature. Aujourd’hui, c’est cette éducation qui lui sert de guide dans son combat pour préserver la planète, une planète qui lui rappelle celle de son enfance, plus saine et plus heureuse.