Dauphins en danger : Le gouvernement manque-t-il de courage ?

Philippe DONNART


La période de consultation publique concernant le projet d’arrêté gouvernemental visant à limiter les prises de dauphins dans le golfe de Gascogne touche à sa fin. Les associations de protection des océans estiment que cette mesure est insuffisante, tandis que les marins pêcheurs se divisent sur la question.

La lutte contre les captures accidentelles de dauphins dans le golfe de Gascogne est sur le point de franchir une étape importante. En effet, le gouvernement français s’apprête à publier un arrêté visant à réduire le nombre de dauphins pris au piège dans les filets de pêche. Cette publication fait suite à une période de consultation publique qui a eu lieu jusqu’au jeudi 28 septembre et vise à mettre en place des mesures efficaces pour éviter une catastrophe similaire à celle de l’hiver dernier, où plus d’un millier de dauphins se sont échoués sur les côtes.

Selon des organisations de protection des océans, comme Sea Shepherd, le nombre réel de victimes de la pêche serait en réalité bien plus élevé, atteignant les 10 000 dauphins. En mars dernier, le Conseil d’État a d’ailleurs rappelé au gouvernement son inactivité face à cette situation et l’a sommé de réagir dans un délai de six mois en prenant des mesures de fermetures temporaires des zones de pêche lorsque des navires et des mammifères marins se trouvent dans les mêmes zones entre mi-janvier et fin mars.

Le projet d’arrêté interdirait l’utilisation de certains engins de pêche dans le golfe de Gascogne entre le 22 janvier et le 20 février, à partir de l’hiver prochain jusqu’en 2026. Cela concerne notamment les navires de plus de 8 mètres utilisant des chaluts pélagiques à panneaux, des filets tramails et maillants calés, ou pratiquant la pêche pélagique en bœuf ou de fond. Cependant, cette interdiction serait assortie de plusieurs exceptions. Par exemple, les navires déjà équipés de répulsifs acoustiques ou de systèmes d’observation électronique, comme des caméras embarquées, seraient exemptés. De plus, les navires qui s’engagent à s’équiper de ces systèmes dans les quinze jours suivant la publication de l’arrêté pourraient également bénéficier d’une exemption, à condition que les Comités régionaux des pêches en fassent la demande.

Néanmoins, certains pêcheurs de la région de Nouvelle-Aquitaine ont porté plainte contre Pelagis, le laboratoire scientifique de l’Université de La Rochelle qui réalise les autopsies des dauphins échoués. Ils reprochent au laboratoire de ne pas leur transmettre les résultats des autopsies, qui selon eux les accusent injustement. Le président du Comité régional des pêches maritimes de Nouvelle-Aquitaine, Johnny Wahl, considère quant à lui que l’arrêté est inadapté et qu’il va introduire une distorsion entre les armateurs qui pourront s’équiper des nouveaux systèmes et ceux qui ne pourront pas le faire.

Ce projet d’arrêté ne fait pas non plus l’unanimité parmi les associations de protection de la nature. Sea Shepherd France, France nature environnement et l’association de Défense des milieux aquatiques estiment que les mesures prévues ne sont pas suffisantes pour protéger les dauphins et marsouins de la région. Elles appellent à une fermeture de tous les métiers de la pêche pendant quatre mois, ainsi qu’à l’équipement de tous les chaluts à bœufs et pélagiques avec des répulsifs acoustiques pour garantir une réduction significative des captures.

La publication de l’arrêté gouvernemental sur les captures accidentelles de dauphins dans le golfe de Gascogne est imminente. Ce projet vise à réduire le nombre de dauphins pris au piège dans les filets de pêche, mais suscite des réactions mitigées. Les pêcheurs de la région de Nouvelle-Aquitaine dénoncent notamment le manque de communication de la part du laboratoire Pelagis et certains estiment que l’arrêté va créer des inégalités entre les armateurs. Les associations de protection de la nature appellent, quant à elles, à des mesures plus restrictives pour garantir la survie des dauphins et marsouins. Affaire à suivre.