Invasion d’insectes et parasites : nos forêts en danger ! Cliquez pour en savoir plus sur l’environnement.

Philippe DONNART


Il est fréquent de recourir à l’utilisation d’espèces d’arbres exotiques afin de faire face aux défis posés par le changement climatique. Cependant, cela comporte certains risques. En effet, l’introduction de microorganismes pathogènes et d’insectes ravageurs peut en résulter, ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur l’écosystème. Par conséquent, il est crucial de trouver des solutions pour faire face à ce problème.

Les dangers de l’utilisation d’espèces d’arbres exotiques en forêt

L’avenir des forêts face au changement climatique est un sujet de préoccupation majeur pour de nombreux experts. Parmi les différentes approches envisagées pour rendre nos forêts plus résistantes, l’utilisation d’espèces d’arbres exotiques est souvent évoquée. Ces arbres, plus adaptés aux températures élevées, pourraient permettre de renforcer nos écosystèmes forestiers et de faire face aux épisodes de sécheresse. Cependant, cette pratique suscite de vives controverses.

La plantation d’espèces d’arbres exotiques présente plusieurs risques. Tout d’abord, ces espèces ont tendance à se propager de manière incontrôlée, ce qui peut les rendre invasives. Ce phénomène est particulièrement préoccupant en France, où ces espèces sont souvent plantées en monoculture. En plus de cela, ces arbres exotiques ont souvent des flores et faunes associées pauvres, ce qui réduit la biodiversité des écosystèmes forestiers.

Outre ces problèmes écologiques, l’introduction d’espèces d’arbres exotiques peut également favoriser la propagation de microorganismes pathogènes et d’insectes ravageurs. Le livre blanc de la Société botanique de France souligne ce risque, en mettant en évidence le cas de la chalarose du frêne, une maladie qui s’est développée ces dernières années. En effet, près de 50 % des maladies signalées par le Département de la santé des forêts sont dues à des agents pathogènes invasifs.

Mais comment ces microorganismes attaquant les arbres s’introduisent-ils dans les forêts ? Pour répondre à cette question, étudions trois cas emblématiques.

Le premier cas est celui de la graphiose de l’orme. Cette épidémie, qui a touché la forêt européenne, est due à deux espèces de champignons (Ophiostoma ulmi et O. novo-ulmi). On ne sait toujours pas comment ces champignons ont été introduits, bien que l’emballage en bois utilisé pour le matériel militaire américain pendant la Première Guerre mondiale ait été évoqué comme une possible voie d’introduction. En Europe de l’Ouest, le champignon est arrivé d’Amérique du Nord, mais la source exacte de son introduction reste inconnue.

Le deuxième exemple concerne la chalarose du frêne. Cette maladie, qui touche les frênes communs en Europe, est causée par un champignon originaire d’Extrême-Orient. Des scientifiques estoniens ont démontré que cette maladie était liée aux introductions répétées de frênes de Mandchourie dans les pays baltes pendant la période soviétique. Cependant, il est important de souligner que le frêne de Mandchourie n’a jamais été utilisé en forêt en Europe.

Enfin, il y a le cas de la mort subite du chêne, causée par le Phytophthora ramorum. Ce microorganisme, originaire des États-Unis, a été introduit en Europe à travers les plantes ornementales. Il a été démontré que ce parasite était présent sur des rhododendrons dans les jardineries et pépinières ornementales, ainsi que dans les parcs. Cette maladie affecte principalement le mélèze et le châtaignier en Europe.

Il est important de noter que dans chacun de ces cas, l’introduction de parasites n’est pas directement liée à l’utilisation d’espèces d’arbres exotiques en forêt. Cependant, une fois que ces parasites se sont adaptés à une essence locale, ils peuvent se propager plus facilement si cette essence est plantée en grande quantité. Les forestiers ont donc une responsabilité dans la propagation de ces maladies.

En résumé, l’utilisation d’espèces d’arbres exotiques en forêt présente des risques importants pour les écosystèmes forestiers. Ces risques incluent la propagation d’espèces invasives, l’appauvrissement de la biodiversité et la dissémination de microorganismes pathogènes. Il est essentiel de prendre ces dangers en compte lors de la mise en place de stratégies de lutte contre le changement climatique pour préserver nos forêts.