Le pouvoir des ourses Sorita et Claverina : Renaissance des ours dans les Pyrénées !

Philippe DONNART


Il y a de cela cinq ans, précisément les 4 et 5 octobre 2018, deux ourses originaires de Slovénie furent introduites dans la région du Haut-Béarn dans un contexte politique marqué par des tensions. Même si seulement l’une des deux ourses a réussi à donner naissance à une progéniture depuis lors, il est indéniable de considérer cette opération dans son ensemble comme un succès pour la préservation de cette espèce.

Réintroduction d’ours dans les Pyrénées : une promesse tenue

Le printemps 2018 a été marqué par une annonce forte du ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot : la réintroduction de deux ourses dans les Pyrénées. Cette promesse était la réponse directe à une condamnation de l’État français par la justice administrative pour son manque d’action dans la préservation de cette espèce emblématique du massif.

À l’époque, il ne restait que deux mâles à l’ouest (Bigorre et Béarn) et une trentaine d’ours dans les Pyrénées centrales (Haute-Garonne et Ariège). Une population bien trop faible pour assurer la survie de l’espèce, qui était gravement menacée d’extinction et confrontée à des problèmes de consanguinité.

Sept mois plus tard, deux femelles venues de Slovénie, Sorita et Claverina, débarquaient dans les Pyrénées béarnaises les 4 et 5 octobre. Cette opération a été largement médiatisée par le ministre de l’Écologie de l’époque, François de Rugy, qui s’était lui-même rendu sur place pour rencontrer des éleveurs favorables à la réintroduction.

Cependant, les réintroductions ont rencontré une forte opposition sur le terrain, avec plusieurs manifestations d’éleveurs, en amont et en aval des lâchers, de part et d’autre de la frontière. Près de 1 200 personnes ont manifesté à Pau contre ces réintroductions le 30 avril 2018.

Concernant les ourses, Sorita, qui était enceinte lors de son transfert depuis la Slovénie, s’est rapidement adaptée à son nouvel environnement entre les vallées d’Ossau et d’Aspe. Elle a donné naissance à trois oursons dès le printemps 2019, mais malheureusement, ils ont disparu des radars des spécialistes, probablement tués par un mâle cherchant à imposer sa descendance, un comportement courant chez les ours.

En 2021, Sorita a mis au monde trois autres petits oursons, tous mâles, avec un mâle local appelé Rodri. Les oursons, baptisés Bious, Larry et Beroï, sont aujourd’hui autonomes. Enfin, cette année, Sorita a eu une nouvelle portée de deux oursons, dont le sexe reste encore indéterminé.

Quant à Claverina, établie du côté espagnol, elle aurait eu des interactions avec des mâles, mais n’a pas encore donné naissance à des oursons.

Cinq ans après leur arrivée, l’une des ourses a donc eu huit petits, dont cinq sont toujours en vie. Cela augmente considérablement les chances de survie de l’espèce dans la partie occidentale des Pyrénées. De plus, ces réintroductions ont également attiré plusieurs mâles vers l’ouest, ce qui favorise un meilleur mélange génétique et une dynamique démographique jamais observée depuis le début des réintroductions.

Aujourd’hui, environ 90 ours sont recensés dans le massif pyrénéen, une population en croissance qui montre que les efforts de réintroduction ont été bénéfiques pour l’espèce.

La réintroduction d’ours dans les Pyrénées fait partie d’un programme lancé en 1996, à une époque où seuls cinq individus vivaient encore dans le noyau occidental du massif. Depuis lors, plusieurs ours ont été introduits, avec des résultats mesurables dans la conservation de cette espèce emblématique. Le travail se poursuit pour assurer la pérennité de l’ours dans les Pyrénées et promouvoir la cohabitation harmonieuse entre les éleveurs et cette espèce majestueuse.